Nell & Associés

On a tous déjà vécu cette expérience : tomber sur un roman au bon moment, et sentir qu’il nous aide à respirer un peu mieux. Une phrase qui résonne, un personnage qui met des mots sur ce qu’on n’arrivait pas à exprimer, une histoire qui console, qui rassure, qui éclaire. Ce n’est pas “magique”, et ce n’est pas non plus réservé à une élite de lecteurs. C’est un effet réel de la lecture quand elle devient un espace de rencontre avec soi, avec les autres, et avec le monde.

C’est exactement ce que recouvre la bibliothérapie. Et si le terme peut sembler récent ou flou, l’idée est, elle, profondément ancrée dans l’histoire de la lecture : les récits accompagnent, soutiennent, réparent, ouvrent des perspectives. Dans un contexte où beaucoup de personnes cherchent des ressources de mieux-être simples, accessibles et non stigmatisantes, la bibliothérapie mérite d’être clarifiée, notamment pour les professionnels de la médiation culturelle et les bibliothèques.

Si vous êtes bibliothécaire, bénévole en bibliothèque, médiateur, ou tout simplement professionnel de la lecture qui souhaite aller plus loin, nous vous invitons à découvrir notre formation bibliothérapie conçue pour acquérir les fondamentaux et apprendre à concevoir et animer des ateliers adaptés aux usagers. En attendant, découvrons un peu plus en détail de quoi il s’agit.

Bibliothérapie définition : de quoi parle-t-on vraiment ?

La définition de la bibliothérapie la plus claire pourrait être la suivante :

Bibliothérapie définition : approche qui utilise la lecture comme outil de mieux-être.

Elle s’appuie sur l’idée que les textes, les récits et les personnages peuvent nous aider à comprendre ce que l’on traverse, à mettre en forme nos émotions, à retrouver de l’élan, ou à ouvrir une voie de reconstruction.

La bibliothérapie n’est pas une psychothérapie déguisée et elle ne consiste pas à “prescrire” des livres comme on prescrit des médicaments. Elle propose plutôt un cadre où la lecture devient une médiation : un support pour réfléchir, ressentir, partager, se relier. Dans ce sens, elle peut être individuelle ou collective. Elle peut prendre la forme d’une sélection de lectures, d’un atelier de discussion, d’un temps d’écriture, d’une médiation autour d’extraits, ou d’un parcours de lecture pensé pour accompagner un thème.

Il est important de comprendre que la bibliothérapie ne se réduit pas au contenu d’un livre. Elle dépend aussi de la manière dont on l’aborde, du contexte, du moment de vie, et de la relation au texte. Le même roman peut laisser indifférent un lecteur et en bouleverser un autre. La bibliothérapie s’intéresse justement à cette relation intime, et à la façon de la rendre possible dans un cadre sécurisé et respectueux.

Le pouvoir des récits ou pourquoi la bibliothérapie touche autant

Pourquoi la lecture peut-elle faire du bien ? Parce qu’un récit agit sur plusieurs plans à la fois. Il peut d’abord apporter un effet de reconnaissance : “je ne suis pas seul à vivre cela”. Quand un texte décrit une peur, une honte, une colère, un deuil, un changement, il peut offrir une forme de miroir. Cette reconnaissance n’enlève pas la difficulté, mais elle enlève souvent une partie de l’isolement.

Un livre peut aussi créer de la distance. En suivant la trajectoire d’un personnage, on peut regarder sa propre situation de côté, sans être happé par l’urgence émotionnelle. On retrouve de la nuance, on sort du tout-ou-rien, on imagine d’autres chemins. Ce mécanisme de décalage est précieux, car il ouvre le champ des possibles.

La lecture peut également nourrir un besoin d’expression. Certains lecteurs trouvent dans les textes des mots qu’ils n’avaient pas. Ils peuvent alors dire :

  • “voilà ce que je ressens”,
  • “voilà ce que je cherche”,
  • “voilà ce que je ne veux plus”.

La bibliothérapie devient un langage indirect mais très puissant : on parle d’un livre, mais on se parle aussi à soi-même. Enfin, il y a la dimension du lien. La bibliothérapie, lorsqu’elle est proposée en atelier, permet des échanges qui ne ressemblent pas aux échanges habituels. On partage une lecture, un extrait, une émotion, une résonance. Et cela suffit parfois à créer une communauté temporaire, une qualité d’écoute, une humanité qui manquent dans beaucoup d’espaces publics. Ces mécanismes ne demandent pas d’être “grand lecteur”. Ils demandent surtout de choisir le bon cadre, les bons textes, et une approche de médiation adaptée. C’est là que la bibliothérapie devient une compétence, notamment en bibliothèque.

Bibliothérapie en bibliothèque : une médiation culturelle qui change la relation au livre

Les bibliothèques ne sont plus seulement des lieux de prêt. Elles sont devenues des lieux de vie, de rencontres, de ressources, de refuge parfois. On y vient pour apprendre, découvrir, travailler, échanger, se sentir accueilli. Dans ce contexte, la bibliothérapie s’inscrit naturellement dans la médiation et l’action culturelle : elle transforme le livre en point de départ d’un dialogue intime et collectif.

Proposer un atelier de bibliothérapie en bibliothèque, ce n’est pas “faire du soin”. C’est créer une expérience culturelle qui place le lecteur au premier plan. On ne cherche pas à analyser les personnes. On cherche à faciliter une rencontre entre un texte et un public, à permettre un partage, à offrir un espace de résonance. Le bibliothécaire devient un passeur : il ouvre des portes, il sécurise le cadre, il soutient l’exploration, il accompagne les choix de lecture.

Cette approche est particulièrement pertinente face à certains enjeux contemporains. De plus en plus d’usagers cherchent des ressources pour traverser des périodes difficiles, comprendre leurs émotions, retrouver confiance, savoir gérer le stress et les conflits pour pouvoir adopter une communication non violente en entreprise notamment, rompre l’isolement, etc. La bibliothèque, lieu accessible et non stigmatisant, peut répondre à ces besoins par des médiations sensibles et bien construites. La bibliothérapie apporte alors une réponse qui respecte la nature du lieu : une réponse culturelle, humaine, ancrée dans la littérature.

Dans le même mouvement, la bibliothérapie renouvelle le rapport à la lecture. Elle permet d’aborder la littérature générale sous un angle différent : non pas seulement “qu’est-ce que raconte ce livre ?”, mais “qu’est-ce que ce livre produit en moi ?”, “qu’est-ce que cette histoire me permet de comprendre ?”, “à quoi me relie-t-elle ?”. Cette bascule change tout dans la médiation.

Les idées reçues sur la bibliothérapie et ce qu’il faut clarifier

Quand on parle de bibliothérapie, plusieurs idées reçues apparaissent. La première consiste à croire qu’il faut être psychologue pour proposer ce type de médiation. En réalité, la bibliothérapie en bibliothèque repose d’abord sur des compétences de médiation, de lecture, d’animation et de posture. Bien sûr, il est essentiel de connaître ses limites, de poser un cadre clair et de ne pas se substituer à un professionnel de santé. Mais cela ne signifie pas que la discipline serait interdite aux bibliothèques. Elle demande surtout une éthique, une méthode et une formation adaptée.

Une autre idée reçue est que la bibliothérapie serait forcément centrée sur la résolution de problèmes. Elle peut être bien plus que cela et aborder des thèmes comme le courage, la joie, la créativité, la confiance, la relation aux autres, la transformation, le changement. Évidemment, elle peut aider à traverser, mais elle peut aussi à grandir, à s’ouvrir, à nourrir l’élan vital.

On associe aussi fréquemment bibliothérapie et liste de livres qui font du bien. Mais l’approche va plus loin : un même livre peut faire du bien à une personne et être trop confrontant pour une autre. La bibliothérapie prend en compte le public, le contexte, la temporalité, les sensibilités. Elle ne cherche pas le “bon livre” universel ; elle cherche les conditions d’une rencontre juste.

Enfin, on mélange trop souvent bibliothérapie et développement personnel. La bibliothérapie peut être liée au développement personnel, mais elle gagne en profondeur lorsqu’elle est pensée comme une médiation culturelle structurée. Elle s’appuie sur la littérature, sur la force des récits, et sur la capacité des textes à ouvrir des perspectives. Elle ne promet pas une transformation immédiate. Elle propose un chemin.

Bibliothérapie : pour quels publics, quels besoins, quels contextes ?

La bibliothérapie peut s’adresser à une grande diversité de publics, à condition d’adapter le format, le thème, la durée, et la médiation. En bibliothèque, elle peut répondre à des besoins très différents : rompre l’isolement, favoriser l’expression, soutenir la confiance, aider à traverser des changements, accompagner un parcours de vie, ou simplement créer un espace de partage autour de la lecture.

Certaines personnes viennent parce qu’elles aiment lire et souhaitent approfondir leur relation aux textes. D’autres viennent parce qu’elles se sentent fragiles, stressées, ou en questionnement, et cherchent un espace discret et accessible. La bibliothérapie peut aussi s’intégrer à des actions partenariales, par exemple avec des acteurs sociaux, éducatifs ou culturels, dans le respect du rôle de la bibliothèque.

Il existe aussi des contextes plus sensibles où la prudence est nécessaire. Quand un public est confronté à des situations lourdes, l’atelier doit être particulièrement bien cadré. L’animateur doit savoir orienter si nécessaire vers des structures adaptées, et surtout ne pas dépasser son rôle. C’est précisément pour cela qu’une formation permet de poser des limites claires, de sécuriser la pratique, et de concevoir des ateliers qui restent dans leur vocation culturelle et humaine.

Cette capacité d’ajustement fait partie de l’intérêt de la bibliothérapie : elle n’est pas un outil unique, elle est une approche modulable, qui peut se décliner en ateliers courts, en cycles thématiques, en médiations ponctuelles, en sélections accompagnées, en rendez-vous réguliers.

Pourquoi se former à la bibliothérapie quand on travaille en bibliothèque ?

On peut aimer les livres, aimer conseiller, aimer animer des actions culturelles, et pourtant sentir qu’on a besoin de développer certaines compétences pour mieux intégrer ce que la bibliothérapie implique. Parce qu’elle ouvre des espaces où les émotions peuvent apparaître. Elle demande de tenir un cadre, d’adopter une posture d’accompagnement, et de savoir concevoir une médiation qui respecte les personnes. Se former permet d’abord de clarifier les limites, les finalités, et les cadres d’application. On sort du flou et des approximations. On comprend ce que l’on peut proposer, à quelles conditions, et comment éviter les confusions.

Se former permet ensuite d’acquérir une méthode. Comment choisir un thème ? Comment sélectionner des textes ? Comment structurer un atelier ? Comment animer un échange sans le subir ? Comment gérer un silence, une émotion, une prise de parole envahissante ? Comment clôturer pour que les participants repartent avec un sentiment de sécurité ?

Se former, enfin, renforce la confiance. Quand on sait ce que l’on fait et pourquoi on le fait, on peut proposer des médiations plus justes. On peut aussi mieux accompagner les lecteurs dans leurs choix de lecture, en étant attentif à ce qui résonne, à ce qui apaise, à ce qui ouvre. La relation au lecteur devient plus profonde, sans devenir intrusive.

C’est précisément l’objectif de notre formation bibliothérapie chez Nell & Associés : transmettre les fondamentaux, permettre de concevoir et d’animer des ateliers adaptés aux besoins des usagers, et développer une posture d’accompagnement dans un cadre bienveillant. De bibliothécaire à « biblio take care« , la formation s’adresse bien évidemment aussi aux bénévoles et salariés des bibliothèques qui souhaitent enrichir leurs pratiques de médiation et explorer le potentiel de la littérature comme outil de lien social et de développement personnel.

La bibliothérapie comme compétence de médiation et d’action culturelle

compétence de médiation

Dans le référentiel de compétences des bibliothèques, la médiation et l’action culturelle occupent une place centrale. La bibliothèque est un lieu de rencontre et de transformation, pas seulement un lieu de consommation de contenus. La bibliothérapie s’inscrit parfaitement dans cette vision : elle fait du livre un déclencheur de dialogue, d’introspection, de partage, et renforce le rôle social et humain de la bibliothèque.

Lorsque l’on anime un atelier de bibliothérapie, on transmet aussi des compétences au public. On lui donne des outils pour se repérer dans les textes, pour identifier ce qui résonne, pour choisir des lectures en fonction de ses besoins, pour exprimer une expérience. En ce sens, la bibliothérapie relève aussi de la formation du public et des partenaires : elle accompagne les usagers dans leur parcours de vie, en s’appuyant sur la littérature.

Cette dimension de transmission est souvent sous-estimée. On pense “atelier lecture”, mais on est aussi sur une logique d’apprentissage : apprendre à lire autrement, apprendre à écouter autrement, apprendre à parler autrement. La bibliothèque devient un espace où l’on grandit, ensemble, par les livres.

La bibliothérapie peut également être un outil pour renforcer l’inclusion. Certaines personnes se sentent “pas légitimes” dans les espaces culturels. Un atelier de bibliothérapie bien conçu peut être une porte d’entrée douce, car il ne demande pas de “savoir” : il demande de ressentir, de partager à sa mesure, d’être accueilli. La médiation devient plus humaine, plus accessible.

Bibliothérapie et médiations innovantes : renouveler l’expérience des usagers

Les bibliothèques font face à des défis importants : évolution des attentes des usagers, développement du numérique, transformation des espaces, demandes nouvelles des tutelles, diversification des publics. Dans ce contexte, les médiations innovantes sont un levier fort, à condition qu’elles soient cohérentes avec l’identité du lieu et les compétences des équipes.

La bibliothérapie répond à cette exigence, car elle renouvelle l’expérience de lecture sans la dénaturer. Elle ne cherche pas à “spectaculariser” la lecture. Elle la rend plus vivante, plus incarnée, plus reliée aux enjeux humains. Elle peut s’inscrire dans des programmations culturelles, des temps forts, des saisons thématiques. Elle peut aussi être proposée comme une action régulière, qui fidélise un public et renforce le lien à la bibliothèque.

Pour les équipes, la bibliothérapie peut devenir un espace de créativité professionnelle. Concevoir des ateliers, choisir des textes, inventer des formats, collaborer avec des partenaires, tout cela nourrit la dynamique interne. C’est aussi une manière de renouveler le rapport des bibliothécaires eux-mêmes à la littérature, en redonnant du sens et de la profondeur à la médiation. Dans ce mouvement, la formation joue un rôle de déclencheur. Elle permet de passer d’une envie à une pratique solide, d’une intuition à une méthode, d’une idée à une action concrète, au service des publics.

Débuter en bibliothérapie : les premières étapes pour une pratique solide

Si vous souhaitez vous lancer, il est tentant de commencer par une sélection de livres “sur un thème” et de réunir un groupe. Mais pour que l’expérience soit véritablement bénéfique, mieux vaut poser des fondations.

Il s’agit d’abord de clarifier l’intention. Pourquoi proposer un atelier ? Pour quel public ? Avec quel objectif de médiation ? Ensuite, il faut construire un cadre simple : durée, rythme, règles d’écoute, modalités de participation. Puis vient le choix des textes : des extraits accessibles, qui ouvrent, qui invitent, qui respectent la diversité des vécus. Enfin, il faut préparer l’animation : questions, relances, temps de silence, clôture.

Ces étapes paraissent simples, mais elles demandent un regard et une méthode. C’est pourquoi une formation bibliothérapie structurée est un outil précieux. Elle permet de gagner du temps, d’éviter les erreurs classiques, et de proposer des ateliers plus justes dès le départ.

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