La médiation numérique dans les muséums d’histoire naturelle — Expérimenter le vivant et son histoire

Partager sur linkedin
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Dans un muséum d’histoire naturelle, la médiation culturelle n’adopte pas un angle d’appréciation esthétique comme cela pourrait être le cas dans un musée de Beaux-Arts. Son rôle est plutôt d’accompagner les visiteurs à la compréhension des phénomènes scientifiques et naturels présentés à travers les objets. Cette médiation doit aussi s’adresser à des typologies de publics aux attentes diverses : les amateurs de patrimoine et de sciences, les passionnés de nature, les familles et scolaires à la recherche d’expériences éducatives, et bien d’autres. Comment répondre à ces enjeux par le biais de la médiation numérique ?
Nell_blog_mediation-culturelle

Des solutions numériques pour se situer dans le temps et l’espace

Le musée de l’Homme à Paris étudie l’anthropologie et les sociétés humaines ; celui de Toulouse se consacre à la relation entre l’Homme, la Nature et l’Environnement ; les parcours du muséum de Lille portent sur l’ethnographie, les sciences et techniques, la géologie et la zoologie. Le rôle du muséum est ainsi de mettre en scène un patrimoine historique, scientifique et naturel commun à une population donnée, sinon à l’humanité. L’enjeu de la médiation dans ces établissements est, avant tout, d’aider les publics à s’approprier ces domaines qui les concernent directement.

Pour faciliter cette appropriation, il est primordial de situer le propos dans le temps et l’espace par rapport à nos points de repère. Combien de millions d’années se sont écoulés depuis la taille des premiers outils en pierre ? Le cerveau humain est-il toujours en train d’évoluer ? Quelle est la hauteur du plus grand animal ayant jamais vécu sur Terre ? Différents outils numériques peuvent aider le visiteur à se représenter des phénomènes parfois difficiles à appréhender.

  • Des frises chronologiques animées. Elles permettent de prendre conscience du temps qui sépare notre époque de la formation de continents, des premiers regroupements humains, du début de l’Antiquité… Enrichie par des légendes animées, des contenus audiovisuels et des textes choisis, la frise fait défiler l’histoire sous les yeux du visiteur.
  • Le vidéo mapping. Sur une maquette en trois dimensions servant de support, un projecteur diffuse une vidéo calculée pour épouser parfaitement les reliefs la maquette. Ce procédé est particulièrement utile pour illustrer les évolutions d’un espace géographique au fil du temps.
  • L’animation de cartes. En une même vidéo, des animations synthétisent les différentes étapes de l’évolution d’une carte. Les évènements géopolitiques (échanges commerciaux, guerres, mouvements de population, etc.) sont représentés par des symboles (flèches, nappes de couleur etc.) qui donnent vie à la carte.

Mettre en scène la recherche scientifique

Pour aller plus loin, il est important de souligner que dans l’expression « histoire naturelle », le terme histoire est à prendre dans son premier sens étymologique issu du grec ἵστωρ (histôr) qui signifie d’abord « enquête ». Ainsi l’œuvre de Pline l’Ancien intitulée Histoires Naturelles ne constitue-t-elle pas un récit historique, mais des enquêtes sur des phénomènes scientifiques et naturels. L’ambition de Pline l’Ancien est de faire une compilation exhaustive des connaissances scientifiques rapportées dans des livres et des témoignages. Mais l’auteur ne se contente pas de restituer les phénomènes : il émet lui-même des hypothèses, questionne les faits et reproduit des expériences. On peut dire que la démarche de Pline l’Ancien est au fondement de nos muséums contemporains !

En effet les propos mis en scène dans les muséums vont bien plus loin qu’un exposé du vivant. Il s’agit aussi de transmettre aux publics une forme de réflexion scientifique : comprendre, mesurer, interroger, expérimenter, tirer des conclusions, former des hypothèses. La médiation numérique peut répondre à de tels enjeux, en proposant au visiteur des expériences individuelles.

Les installations immersives, le vidéo mapping et les bornes tactiles interactives offrent aux publics d’innombrables possibilités de mettre en pratique (virtuellement) les propos découverts dans le muséum. Le visiteur pourra par exemple manipuler sur un écran tactile des reconstitutions de crâne humains en 3D, les comparer, les classer pour comprendre l’évolution de l’anatomie humaine. Dans une autre installation il pourra se mettre dans la peau d’une fourmi et accomplir différentes actions (collecter de la nourriture, consolider la fourmilière…) pour le bien de la communauté. Ainsi, chaque discours scientifique peut être transformé en activité engageante et ludique. L’expérimentation et la mise en situation sont au fondement de la pédagogie dans les muséums.

L’enjeu de la mise en situation

En effet, les sujets abordés dans les musées d’histoire naturelle sont souvent difficiles à appréhender pour le visiteur. Les objets issus de la nature ne sont pas exposés pour leur beauté, leur forme ou leur taille exceptionnelle mais parce qu’ils permettent d’évoquer un fait scientifique intangible. Par exemple, un fossile est avant tout un témoignage, une trace laissée il y a des milliers d’années par un être vivant ou un phénomène naturel. L’enjeu de la médiation, en particulier grâce au numérique, est de remettre ces objets en situation pour montrer leur importance. Une borne interactive installée près de la vitrine pourra ainsi montrer le parcours du fossile, son aire géographique, l’animal qui y a laissé sa trace, les conditions de découverte de l’objet, sa restauration, etc. Le multimédia sert ici à donner du sens à ces reliques et à leur pouvoir d’évocation.

Reconstitutions virtuelles et immersion : repenser la muséographie

La médiation a un impact certain sur la muséographie des muséums. Avant les technologies numériques, de nombreux muséums d’anthropologie cherchaient à reproduire en taille réelle le quotidien des peuples étudiés afin de produire un effet immersif. Il n’était pas rare d’y rencontrer des mannequins habillés, coiffés et mis en scène dans des situations du quotidien, comme ces « hommes préhistoriques en costume de guerre » présentés au musée de l’Armée de Paris, à l’Hôtel des Invalides.

Ce procédé a certes un effet spectaculaire auprès des visiteurs, mais il nécessite un espace conséquent dans la muséographie. De plus, il ne permet de figer qu’une scène à la fois, ce qui limite le propos. Le numérique peut offrir une continuité à cette pratique, en alternant sur un seul écran plusieurs mises en situation : scène de chasse, de repas, de confection d’outils, etc. Cette solution permet donc d’enrichir le propos tout en allégeant l’espace muséographique.

Jouer avec les collections

Enfin, n’oublions pas que les collections de muséums se distinguent par leur dimension spectaculaire : fossiles, maquettes, reconstitutions de squelettes, reproductions de phénomènes et d’espèces du vivant… Les publics sont particulièrement touchés par le pouvoir évocateur de ces objets mis en scène. Il s’agit là d’un vaste terrain à exploiter grâce à la médiation numérique en jouant avec des effets sensoriels : enregistrements simulant un environnement tropical, effets d’ombres spectaculaires sur des squelettes d’animaux, lumières colorées, parfums, éléments de surprise, etc. Ces procédés scénographiques servent aussi bien à habiller le parcours qu’à susciter un fort impact émotionnel.

Pour les visiteurs de muséums d’histoire naturelle le plaisir de la visite est intimement lié à l’expérimentation et la manipulation, au fondement de la pédagogie. La médiation numérique interactive a donc toute sa place dans ces institutions et peut s’adapter à toutes les typologies de publics. La visite se transforme en une véritable aventure personnelle au cœur d’une collection qui prend vie… pour le plus grand plaisir de tous !

Ces articles pourraient vous intéresser