La médiation numérique et l’œuvre

Présents dans presque toutes les grandes villes, les musées de Beaux-Arts conservent et présentent des chefs-d’œuvre de la sculpture, peinture et objets d’art de toutes les époques. Ces collections sont exposées le long d’un parcours chronologique (Antiquité, Moyen-Age, Renaissance, Temps Modernes, etc.), et regroupées le plus possible par thématiques. L’enjeu de la médiation culturelle dans ces musées est d’accompagner le visiteur à comprendre l’enchaînement des époques, l’évolution des styles et des cultures reflétées par les œuvres. Mais elle doit également laisser une large part à l’appréciation esthétique !
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Une médiation basée sur l’esthétique

Contrairement aux musées de sciences qui favorisent les interactions entre les visiteurs et les objets, les musées de Beaux-Arts mettent l’œuvre au centre de l’expérience de visite. Ce sont des lieux avant tout dédiés à l’appréciation esthétique et à la contemplation. La médiation numérique a bien sûr pour objectif d’apporter des explications sur l’œuvre, comme le contexte, l’histoire de sa création, la vie de l’artiste et les matériaux employés. Mais l’intégration de technologies dans le parcours ne doit pas brouiller la rencontre visiteur-œuvre, de manière à respecter son potentiel émotionnel.

L’émotion au cœur de la visite grâce à la médiation

L’enjeu pour ces institutions est de présenter l’œuvre sans la dénaturer, de manière à respecter son potentiel affectif. L’émotion est en effet au cœur de l’expérience d’un musée de Beaux-Arts. Quelques visiteurs seront touchés par cette œuvre, d’autres par celle-ci, ce tableau rappellera un heureux souvenir à untel, etc. La visite est donc bien plus une expérience affective individuelle qu’un exercice intellectuel. La scénographie ménage une place d’importance à la contemplation, la respiration, la délectation. La médiation numérique au musée des Beaux-Arts doit donc veiller à respecter le dépouillement de l’œuvre d’art, tout en y ajoutant une dimension ludique et/ou pédagogique.

Rencontrer l’œuvre à travers la médiation numérique

Cela ne veut pas dire pour autant la médiation numérique est prohibée dans les institutions de Beaux-Arts ! Au contraire, elle joue le rôle d’interface personnelle entre le visiteur et le musée, un outil dédié à la rencontre avec l’œuvre. Les outils numériques mobiles, grâce à un système de géolocalisation, permettent d’accéder à des explications générales sur une salle, une époque, une thématique. Ils servent aussi à se repérer dans le parcours et à anticiper les chefs-d’œuvre de la collection. Enfin, ils peuvent inclure un certain nombre de contenus explicatifs dédiés à certaines œuvres choisies

Storytelling et adaptabilité

Dans le cadre d’un parcours linéaire, le musée de Beaux-Arts peut proposer au visiteur une tablette tactile racontant une histoire, dont chaque chapitre correspond à une salle, une œuvre, une thématique par exemple. Ce procédé a pour avantage d’être facilement adaptable à tous types de publics. Par exemple, une histoire destinée aux enfants racontera le périple de la « fée du musée », capable de rentrer dans les tableaux, de s’incarner dans les sculptures et de donner vie aux objets. Les œuvres ainsi rencontrées au fil de l’histoire prendront une dimension fantastique. La « fée » prendra soin de toujours inviter le jeune utilisateur à expliquer pourquoi il aime tel tableau, ce qu’il ressent en regardant telle œuvre… En parallèle, un scénario écrit pour des adultes amateurs pourra s’inspirer d’une chasse au trésor, dont les indices sont des réponses aux questions précises posées sur les œuvres du parcours. On peut également imaginer des visites adaptées pour les publics familiaux, pour les groupes scolaires, pour les publics en situation de handicap, etc.

Bornes à consultation individuelle

Afin d’aller plus loin dans l’appréciation esthétique des collections, la médiation numérique peut aussi consister en une borne interactive spécifiquement associée à une œuvre. L’outil peut alors creuser plus loin : explications du contexte de création, techniques employées par l’artiste, exploration de tous les détails et de leurs significations… Tout est fait pour que l’utilisateur se sente immergé dans l’œuvre. Dans le cas d’un tableau par exemple, cette expérience individuelle sur écran tactile peut se décliner sous une myriade de formes :

  • Un travail sur l’esthétique, avec des graphismes choisis imitant le style de peinture ;
  • Une dimension ludique, en proposant au visiteur de retrouver des détails cachés dans le tableau ;
  • Une invitation à la création, en demandant au visiteur de dessiner lui-même ou d’écrire les mots que l’œuvre lui inspire ;
  • Etc.

Immersion et esthétique

Afin de pénétrer l’œuvre en immersion, on peut faire appel aux technologies de numérisation laser qui sont capables de reproduire un double numérique de presque n’importe quelle œuvre. Ces outils, particulièrement appréciés dans les musées de Beaux-Arts, permettent de zoomer très loin sur l’œuvre pour découvrir des détails microscopiques : la surface d’une pierre finement taillée, les effets d’empâtement de peinture d’un tableau, les accrocs minuscules d’une dentelle… L’expérience de rencontre avec l’œuvre est réinventée. D’autre part, l’effet immersif peut aussi être porté par des technologies de réalité virtuelle ou augmentée : équipé d’un casque, le visiteur se trouve plongé dans l’exploration du tableau. Ces outils de médiation sont en quelque sorte des « œuvres » à part entière, qui complètent l’œuvre originale et permettent d’en apprécier le potentiel esthétique de façon innovante.

Le rôle du visiteur dans la médiation

Enfin, le musée des Beaux-Arts étant également un lieu d’expression de ses propres goûts artistiques, la médiation numérique doit également accompagner le visiteur à donner son avis. En comparant deux œuvres entre elles par exemple, et en lui proposant de choisir. Cela permet à l’utilisateur de manifester un attachement pour telle œuvre plutôt qu’une autre, à expliquer pourquoi, et ainsi à se forger un jugement esthétique. C’est pourquoi la plupart des outils mobiles invitent à sélectionner au fil du parcours les œuvres favorites, afin de les retrouver à la fin sous forme d’une banque d’images que l’on peut s’envoyer par mail. Ainsi, le souvenir de la rencontre avec l’œuvre perdure bien au-delà du jour de la visite.

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